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Etudes, Politique

L’état géopolitique du Moyen-Orient à la fin de l’année 2018 : portée et limites de la Pax Russica

Le tableau géopolitique du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord nécessite une approche à la fois multidisciplinaire et multiscalaire. Les dossiers sont nombreux : la fin de la guerre syrienne, le bourbier yéménite doublé d’une grave crise humanitaire, la place de l’Iran et le risque d’une confrontation avec Israël, les difficultés à former un gouvernement au Liban, l’avenir de la question palestinienne … Mais ils sont liés à de grandes tendances et à des rapports de force régionaux et internationaux. En plus de la compétition entre trois axes géopolitiques dont nous proposons une carte commentée (et nuancée), l’avenir du rôle de la Russie dans la région mérite une attention particulière. En effet, la Russie a réussi à s’imposer à la fois comme une puissance tutélaire en Syrie et comme un partenaire fiable et respecté dans tout le Moyen-Orient. La position russe est toutefois aussi confortable que fragile : l’équilibrisme pratiqué entre différents acteurs antagonistes n’est tenable qu’en deçà d’un certain niveau de tensions.

Syrie-Poutine-Erdogan-et-Rohani-d-accord-pour-reunir-regime-et-opposition-a-Sotchi

De gauche à droite, les présidents iranien, russe et turc

 

Avant de proposer un tableau général de la situation au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, nous sommes bien obligés de dire quelques mots des notions utilisées (en guise d’avertissement). Définir les termes du sujet, exercice hélas trop souvent dédaigné, permet de situer les mots utilisés dans un contexte et d’interroger leur pertinence.

Parler de « Moyen-Orient » n’est pas anodin. Et parler de Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (la fameuse région MENA [Middle East and North Africa]) ne l’est pas non plus. Ces catégories auxquelles nous avons fini par nous habituer renvoient à une conception anglo-saxonne (britannique puis américaine) qui a fini par s’imposer et à l’idée d’une grande zone de crise réifiée.

En Russie, la notion de « Proche-Orient » (blijnii vostok) est préférée, notamment dans les documents du ministère des Affaires étrangères, mais la traduction anglaise qui domine demeure Middle East. Une formule qui s’est donc imposée et qui n’est que très rarement questionnée.

Depuis quelques années, dans la foulée des différents soulèvements, la notion de « monde arabe » a aussi gagné en popularité. Le « printemps arabe », salué par des médias panarabes, a pu être perçu comme un moment d’unité, mais l’espoir a vite cédé la place à la fragmentation et aux conflits armés.

La référence à une conscience collective arabe demeure concurrencée par la référence à l’islam et au monde musulman. La Syrie, dont le pouvoir s’est longtemps identifié au nationalisme arabe, a été le théâtre d’expression d’un islam politique transnational (comme l’a été l’Afghanistan dans les années 1980). Mais nous voyons bien que, dans certains cas, la rhétorique nationaliste arabe et l’instrumentalisation du religieux vont de pair : les discours saoudiens pour contrer l’Iran en sont un exemple.

L’adjectif « géopolitique » utilisé ici ne désigne pas vaguement des questions internationales. Il désigne précisément une prise en compte de la dimension géographique à trois niveaux : au niveau du discours et de la doctrine (les partis pris géographiques dans la langue politique), au niveau des représentations (la cartographie des orientations, par exemple) et au niveau du conflit (les problématiques géographiques dans les conflits).

Enfin, la Pax Russica [paix russe] désigne le rôle central joué désormais par la Russie, notamment en Syrie. Nous nous interrogerons à la fois sur l’avenir de la Syrie (et donc sur les résultats de l’intervention russe en Syrie) et sur l’avenir du rôle de la Russie dans la région (au-delà du cas syrien).

 

Quelles grilles de lecture utiliser ?

S’il est vrai que parler de « géopolitique », quand on est conséquent, donne une idée de la grille de lecture privilégiée, quelques précisions s’imposent. Commençons par évoquer les thématiques habituellement prisées par les médias, les fictions et certains universitaires. Les soulèvements (et autres conflits) qu’a connus le monde arabe à partir de la fin de l’année 2010 ont permis à un véritable « néo-orientalisme » de s’exprimer. Nous proposons d’en esquisser quelques caractéristiques.

La première caractéristique est l’obsession religieuse. En effet, la question religieuse est devenue centrale dans les commentaires relatifs à la situation moyen-orientale, ce qui laisse hélas trop peu de place aux arguments profanes. L’opposition entre sunnites et chiites est devenue une clé de lecture inévitable. L’impression est donnée d’une guerre froide idéologique entre deux branches de l’islam, ce qui ne correspond ni de près ni de loin à la réalité. Expliquer l’alliance entre Damas et Téhéran par le chiisme (en imaginant un lien logique entre chiites duodécimains iraniens et alaouites syriens), c’est tout simplement passer à côté d’une cause réelle dont l’exotisme théologique est certes très limité : un rapprochement en 1979 qui s’explique par les relations tendues qu’entretenait la Syrie avec ses voisins (l’Egypte de Sadate qui s’était rapprochée d’Israël, Israël qui occupait le Golan syrien et qui intervenait sur la scène libanaise, l’Irak de Saddam et la Turquie qui menaçaient la Syrie à ses frontières). Nous sommes loin de la convergence religieuse.

Il en est de même pour le « djihadisme », érigé en discipline à part entière. Pour certains observateurs, la moindre action mérite une explication religieuse : « vous voulez comprendre tel attentat ? A vos Corans ! » Certains prédicateurs ou théoriciens présents sur Internet sont ainsi étudiés comme des savants dont il faudrait faire l’exégèse. Toute la rigueur scientifique se retrouve ainsi mobilisée uniquement pour décrypter la prose des théoriciens du « djihad », dont les revendications les plus opportunistes. L’impasse est évidente : si la nouvelle définition du terrorisme et les nouvelles théories du terrorisme poussent à appeler « terrorisme » à peu près tout et n’importe quoi (toute initiative individuelle), il devient insaisissable.

Mais il serait excessif et injuste de reprocher cette « obsession » religieuse uniquement aux analystes et aux commentateurs puisque les acteurs eux-mêmes n’hésitent pas à recourir à une rhétorique religieuse et sectaire. Cela est évidemment valable pour les groupes dits « djihadistes » (par essence), puisque la dimension religieuse de leur combat est revendiquée, mais c’est aussi valable pour les États : l’Arabie saoudite n’hésite pas à recourir à un discours anti-chiite contre l’Iran.

La propagande religieuse n’a rien de nouveau. Rappelons-nous la guerre d’Afghanistan (1979-1989), qui a été dans ce domaine un véritable laboratoire, et l’utilisation de la fibre religieuse (y compris par les Américains) contre « l’envahisseur athée » (l’Union soviétique), justifiant ainsi un « djihad » transnational.

La deuxième caractéristique, qui rejoint partiellement la première, est l’intérêt particulier accordé aux « minorités » (les guillemets ont leur importance puisque la désignation fait le « minoritaire »). Il est ici principalement question de la figure du « chrétien d’Orient » et de celle du combattant kurde.

Concernant les « chrétiens d’Orient », qui seraient une minorité à protéger, rappelons que ce faux statut de minorité (faux car un Arabe chrétien n’est pas, par essence, minoritaire), souvent brandi par des puissances étrangères (la France, la Russie, Israël pendant la guerre libanaise [1975-1990]), a eu tendance à aggraver la situation des populations concernées, à donner l’impression que celles-ci formaient un corps étranger. Les populations chrétiennes du Proche-Orient furent, au contraire, au centre (et non à la marge) de la construction politique et culturelle du monde arabe contemporain.

Quant au discours relatif à la question kurde et aux combattants kurdes, il faut bien admettre que nous avons assisté à une sorte de mythification médiatique des combattantes kurdes, devenues le symbole de la lutte contre l’État islamique. Sans vouloir minimiser le rôle des combattants kurdes, il est difficile d’ignorer un certain biais fondé sur un récit (storytelling) et des images (avec un jeu de séduction), bien plus que sur une expérience de victime (très partagée).

Ces deux caractéristiques –l’obsession religieuse et l’identification et la glorification des minorités– ne sont pas des phénomènes nouveaux. Mais disons que la guerre syrienne leur a donné un nouveau cadre d’expression. Il en est de même pour une troisième caractéristique : un discours faussement moralisateur, émotif et prescriptif.

Le conflit syrien a vu renaître, notamment en France, ce que l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin a appelé le « virus néoconservateur », à un moment où il avait tendance à décliner à Washington. Avant l’émergence de l’État islamique, de Daech (qui a miraculeusement propulsé al-Qaïda dans le camp des modérés), a régné un unanimisme manichéen et un bellicisme qui traversaient tout l’échiquier politique et presque toutes les rédactions.

Outre ces obsessions, ces lubies et cette séance d’hypnose collective, l’étude récente (académique ou médiatique) de cette région a pâti, plus prosaïquement, d’une profonde méconnaissance des dossiers : une méconnaissance de la langue, une méconnaissance de l’histoire, une méconnaissance de la géographie, une méconnaissance du droit. Et c’est peut-être cette méconnaissance qu’il a fallu compenser par ces obsessions et ces lubies. Celles-ci prennent souvent la forme de grossières essentialisations : « sunnite », « chiite », « chrétien », « druze », « Kurde » … sont devenus des catégories politiques. Or, même quand tout pousse à une confusion entre l’identité –religieuse ou ethnique– et le positionnement politique (le discours auquel on adhère, le discours de l’ennemi, le portrait de l’observateur et les dérives subies sur le terrain), il est toujours préférable de faire preuve de rigueur et de prudence. Nous ne croyons ni à un « intérêt national » qui soit autre chose qu’une construction, ni à un « intérêt communautaire » qui soit autre chose que le fruit d’un récit, souvent mythifié.

Tout en concédant des lacunes possibles, nous optons pour une synthèse « profane » (pour reprendre la formule de Georges Corm [Pour une lecture profane des conflits, Paris, La Découverte, 2012]) de l’état des rapports de force dans la région. En plus de ces rapports de force, nous nous intéressons à la dialectique territoire-réseau et à la manifestation, en politique étrangère notamment, de logiques territoriales et de logiques réticulaires.

Nous proposerons, dans un premier temps, un tableau des axes géopolitiques en place. Dans un second temps, nous proposerons une synthèse sur des dossiers précis (la question palestinienne, la question libanaise, la question  des combattants kurdes et la question du « terrorisme »). Enfin, nous conclurons par une réflexion sur la présence russe en Syrie et dans la région.

 

Les trois axes qui s’affrontent au Moyen-Orient

Il est souvent question de deux axes, ou de deux alliances, s’affrontant sur divers théâtres de conflits au Moyen-Orient (notamment la Syrie et le Yémen) : un axe pro-américain mené par l’Arabie saoudite et un axe anti-américain mené par l’Iran. On retrouve cette description y compris dans les médias arabophones : d’un côté, « l’Axe de la Résistance » ; de l’autre, « l’Axe de la Modération ». Certains, les partisans de l’angle religieux, parlent d’un axe « chiite » mené par Téhéran et d’un axe « sunnite » mené par Riyad.

Tout en la nuançant et en indiquant les limites de son caractère précis et juste, nous présenterons les axes en présence à travers cette carte dont nous proposons un commentaire. Evidemment, cette carte laisse de côté les acteurs transnationaux et les rapports de force internes aux États représentés. Nous avons identifié trois types d’acteurs étatiques : les États qui forment les axes en question (les trois axes), les partenaires privilégiés des axes (décrits ici comme « flexibles ») et les pays enjeux des rapports de force entre les axes (le mot « enjeu » devant être compris littéralement).

 

Carte axes géopo MA fin 2018

 

Nous avons identifié trois axes : un « Axe de la Modération » (en arabe mihwar al-i’tidal), un « Axe de la Résistance » (en arabe mihwar al-mumana’a ou mihwar al-muqawama) et un axe que nous avons qualifié d’ « islamo-réformateur ». Les mots « modération » et « résistance » pour désigner les deux premiers axes sont devenus courants dans le monde arabe ; le premier désigne une certaine modération dans la relation avec les États-Unis et Israël (aucune modération s’agissant de la relation avec les deux autres axes) et le deuxième désigne la résistance face à Israël et aux ingérences « occidentales ».

Notons que, si la géographie a pris une grande importance avec les récents conflits, notamment le conflit syrien (des débuts de la crise à l’actuelle géographie du conflit), c’est plutôt une certaine incohérence géographique qui caractérise le déploiement de ces axes. Le seul axe dont on soupçonne la volonté de mettre en place une continuité territoriale est l’Axe de la Résistance : c’est la thèse du « corridor » iranien (Iran-Irak-Syrie-Liban) brandie par les ennemis de l’Iran dans la région.

L’Axe de la Modération est mené par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis. Ses deux principaux ennemis sont l’Iran et le réseau des Frères musulmans. Bien qu’il n’y ait pas de relations ouvertes entre Israël et ces deux pays du golfe Persique, nous l’avons intégré à cet axe pour deux raisons : ils partagent le même allié (Washington) et le même ennemi (Téhéran).

L’Axe de la Résistance, composé principalement de l’Iran, de la Syrie et du Hezbollah libanais (qui n’apparaît pas sur la carte étant donné le statut singulier du Liban), est le principal ennemi d’Israël dans la région.

Enfin, l’Axe islamo-réformateur est l’Axe Ankara-Doha, allié au réseau des Frères musulmans. L’adjectif « islamo-réformateur » s’explique par son soutien aux soulèvements dans le monde arabe (un point commun avec l’Iran, mais un point de divergence avec les Saoudiens et les Emiratis) et aux Frères musulmans en particulier (face aux régimes autoritaires en place). Un soutien qui s’est manifesté dans des pays aussi différents que la Tunisie, la Libye, l’Egypte et la Syrie. Un temps au pouvoir en Egypte, les Frères musulmans sont évincés par un coup d’État appuyé par Riyad et Abu Dhabi en 2013, an grand dam d’Ankara et de Doha.

Ces trois axes reflètent des orientations politiques –que l’on retrouve aussi dans l’opinion–, et non des partis pris théologiques ou religieux. D’ailleurs, on retrouve ces orientations dans les lignes éditoriales des principaux médias arabes. Par exemple, chacun de ces trois axes dispose du soutien d’une grande chaîne de télévision panarabe : l’Axe de la Modération est promu par la chaîne saoudienne al-Arabiya, l’Axe de la Résistance est appuyé la chaîne libanaise al-Mayadeen et l’Axe islamo-réformateur dispose de la chaîne qatarienne al-Jazeera.

D’un pays à l’autre, ces axes peuvent s’allier ou s’affronter. Pendant quelques années, en Syrie, l’Axe de la Modération et l’Axe islamo-réformateur affrontaient (diplomatiquement et militairement, à travers le soutien apporté aux groupes rebelles) le pouvoir syrien et ses alliés. Très tôt, et malgré leurs différences (notamment vis-à-vis du « printemps arabe » puisque le Qatar et la Turquie y ont vu une chance, tandis que les Saoudiens y ont vu plutôt une menace), Saoudiens, Turcs et Qatariens étaient séduits par l’idée de renverser le pouvoir syrien, allié de l’Iran. Mais cette unité aboutit à une défaite (la victoire du pouvoir syrien, soutenu notamment par Moscou et Téhéran). L’actuelle réouverture de l’ambassade émiratie à Damas en est l’un des derniers symboles.

Au Yémen aussi, l’Axe Riyad-Abu Dhabi et l’Axe Ankara-Doha se sont alliés, cette fois au service du pouvoir en place et contre la rébellion (houthiste). En 2015, la Turquie et le Qatar ont bien participé à la coalition militaire menée par les Saoudiens et les Emiratis contre les Houthis. Seulement, là encore, c’est un échec doublé d’une catastrophe humanitaire. Aujourd’hui, la Turquie et le Qatar (exclu de la coalition en 2017) semblent promouvoir une solution politique.

A ces échecs s’ajoutent de profonds désaccords entre ces deux axes. L’isolement imposé par ses voisins saoudien et émirati au Qatar en 2017 rappelle ces désaccords (déjà perceptibles au début des soulèvements dans le monde arabe). Riyad et Abu Dhabi reprochent à Doha une politique étrangère trop indépendante d’eux, trop volontariste, trop complaisante à l’égard de l’Iran et trop favorable aux Frères musulmans (en Egypte et ailleurs).

En réalité, nous avons affaire ici à un cas d’opposition entre logique territoriale et logique réticulaire. L’Axe islamo-réformateur (Ankara-Doha) a opté pour la logique réticulaire : il a encouragé les transformations politiques dans le monde arabe et s’est appuyé sur le réseau des Frères musulmans. Ironiquement, alors que sa stratégie a échoué en Syrie, la Turquie s’est retrouvée confrontée à des considérations purement territoriales : de la crise des réfugiés à la lutte contre les combattants kurdes de l’autre côté de la frontière.

Concernant les « partenaires flexibles » de ces axes, quelques explications s’imposent. Commençons par le Maghreb. C’est avec beaucoup de prudence que nous associons le Maroc, l’Algérie et la Tunisie aux trois axes. Le 1er mai dernier, le Maroc a rompu ses relations avec l’Iran (accusé d’armer, à travers le Hezbollah et l’Algérie, les indépendantistes du Sahara occidental), tandis que ses relations avec l’Arabie saoudite sont solides (même si la neutralité marocaine dans la crise entre l’Axe Riyad-Abu Dhabi et le Qatar a agacé le royaume saoudien), comme le montre la participation marocaine à la coalition menée par l’Arabie saoudite au Yémen. L’Algérie entretient de très bonnes relations avec l’Iran et milite pour le retour de la Syrie au sein de la Ligue arabe. La Tunisie subit, quant à elle, des pressions d’Abu Dhabi à cause de la présence au gouvernement du parti Ennahda, réputé proche de Doha. Globalement, rappelons surtout que ces trois pays ont refusé de se prononcer dans le conflit entre le Qatar et ses voisins.

Nous avons cité d’autres « partenaires flexibles » au Moyen-Orient. Pour l’Axe de la Modération, nous avons pensé à des pays comme l’Egypte et la Jordanie qui, tout en entretenant d’étroites relations avec l’Arabie saoudite et les Emirats (qui passent par une certaine dépendance financière), conservent une certaine marge de manœuvre. Par exemple, le président égyptien al-Sissi a officiellement apporté son soutien au pouvoir syrien dès 2016 et la Jordanie maintient des relations avec le Qatar. De même, dans le golfe Persique, des pays comme Oman et le Koweït se distinguent par leur neutralité.

En ce qui concerne le « partenaire flexible » de l’Axe de la Résistance au Moyen-Orient, l’Irak, son positionnement politique n’est pas tout à fait tranché : entre la présence américaine dans le pays et l’équilibrisme recherché entre Washington et Téhéran, si elle n’est pas contestable, l’influence iranienne ne fait pas de Bagdad un membre acquis de l’Axe Téhéran-Damas-Hezbollah. Aux dernières élections, c’est le « nationaliste » Moqtada Sadr (imam chiite) qui est sorti vainqueur, ce qui n’arrangeait les affaires ni de Washington ni de Téhéran. Cette situation singulière de l’Irak ne peut que fragiliser la thèse du « corridor » iranien.

Pour ce qui est des pays « enjeux », nous avons exposé trois cas. En Afrique du Nord, la Libye connaît un bras de fer entre le couple Riyad-Abu Dhabi et le camp islamo-réformateur. D’un côté, l’Egypte, l’Arabie saoudite et les Emirats soutiennent le maréchal Haftar, chef de l’Armée nationale libyenne. De l’autre, le Qatar soutient les Frères musulmans.

Au Yémen et au Liban, l’affrontement a lieu entre les axes de la Modération et de la Résistance. Au Yémen, l’Arabie saoudite et les Emirats voudraient se débarrasser de la rébellion houthiste dans un conflit qui s’apparente à un bourbier. Comme Israël avec le Hezbollah au sud du Liban, l’Arabie saoudite craint l’installation à sa frontière d’une résistance armée. D’ailleurs, les intérêts saoudiens et israéliens se rejoignent au Liban justement : ils veulent endiguer le Hezbollah. Pour cela, tous les moyens sont bons pour les Saoudiens : rappelons-nous le traitement humiliant infligé au Premier ministre Saad Hariri (l’allié de Riyad au Liban), forcé à démissionner, à la fin de l’année 2017. Loin de diviser le pays, l’événement a provoqué un moment d’unité nationale et, à son retour, Hariri est revenu sur sa démission et s’est rapproché du président Michel Aoun (allié du Hezbollah). Comme nous l’évoquerons, les dernières élections libanaises sont un échec cuisant pour les Saoudiens. Plus récemment, la brutalité saoudienne s’est manifestée à Istanbul, sous le regard accusateur des autorités turques : lors de l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi (par des proches de Mohammed ben Salman, le prince héritier saoudien) dont les derniers articles dénonçaient la guerre au Yémen et l’isolement des Frères musulmans, deux lignes rouges pour Riyad.

Telle est la synthèse des grands rapports de force géopolitiques dans la région. A ce stade, il est possible d’affirmer que l’Axe de la Résistance est le mieux loti : victoire en Syrie, succès au Liban, enlisement saoudien au Yémen … En Syrie, la Turquie a fait le choix de la solution politique, aux côtés de Moscou et de Téhéran (processus d’Astana), tandis que les Saoudiens et les Emiratis tentent un rapprochement avec Damas. Ces dernières années, l’Axe Ankara-Doha aussi bien que l’Axe Riyad-Abu Dhabi ont connu quelques échecs cuisants : éviction des Frères musulmans d’Egypte pour le premier, difficultés au Yémen pour le second, défaite en Syrie pour les deux. Malgré cela, la Turquie et l’Arabie saoudite sont deux puissances régionales alliées à Washington qui conservent leur capacité de nuisance : la Turquie en Syrie et l’Arabie saoudite au Liban.

 

Quatre dossiers affectés par ces rapports de force

Nous proposons de dire ici quelques mots de quatre dossiers peu traités plus haut : la Palestine, le Liban, la question des combattants kurdes en Syrie et l’avenir du terrorisme, en apparence défait en Syrie. Ces sujets méritant des articles entiers, nous tâcherons d’être concis et de proposer simplement des pistes de réflexion.

Où en est la question palestinienne ?

La question palestinienne connaît actuellement un contexte défavorable. Oubliée un temps pendant les soulèvements dans le monde arabe, elle est aujourd’hui tributaire de la recomposition géopolitique de l’ensemble de la région.

En 2012, tandis que l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas obtenait de l’Assemblée générale des Nations unies le statut d’État observateur non membre (une avancée juridique qui lui a valu une plus grande hostilité israélienne), tout en affichant sa neutralité concernant le conflit en Syrie, le Hamas officialisait son divorce avec le pouvoir syrien. Cette rupture, au nom d’une proximité avec l’Axe islamo-réformateur, a égratigné ses relations amicales avec l’Axe de la Résistance (Téhéran, Damas et le Hezbollah). Les relations semblent meilleures aujourd’hui.

En Cisjordanie, l’occupation et la colonisation se poursuivent. L’impunité israélienne est exacerbée par la posture de la nouvelle administration américaine : résolument anti-iranienne et résolument pro-israélienne. En témoigne, bien sûr, la décision de transférer l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem.

A Gaza, le Hamas poursuit la lutte armée, ce qui lui permet d’obtenir ici ou là quelques victoires symboliques éphémères (comme la récente démission du ministre israélien de la Défense Avigdor Lieberman). Il est soutenu par l’Axe islamo-réformateur (financièrement par le Qatar) qui semble vouloir islamiser la cause palestinienne, comme l’indique l’utilisation par le président turc Erdogan de l’Organisation de la coopération islamique comme plateforme de dénonciation de la politique américaine il y a un an. Il est aussi soutenu par l’Iran, qui rejoint sur cette question l’Axe Ankara-Doha.

Avec la promesse américaine d’un « accord du siècle » (synonyme d’une série de sacrifices : Jérusalem, le droit au retour, les frontières de 1967 …), les Palestiniens craignent un accord qui les lèserait et qui serait appuyé par l’axe Riyad-Abu Dhabi. Si un tel accord a peu de chances d’aboutir dans la configuration actuelle, les Saoudiens et les Emiratis disposent de deux atouts : l’aide financière et Mohammed Dahlan, un proche d’Abu Dhabi décrit comme un successeur potentiel de Mahmoud Abbas.

Comme ils l’ont montré par le passé, les Palestiniens refuseront fermement toute « solution » consistant en une négation de leurs droits les plus fondamentaux.

 

Liban : des élections, mais pas de gouvernement

Le feuilleton de la formation du gouvernement libanais s’apparente à la tragi-comédie. Depuis quelques mois –en réalité, depuis l’élection du printemps dernier–, il est question d’un gouvernement sur le point d’être formé. « Demain », « dans quelques heures », « très bientôt », « à deux doigts » … Les formules ne manquent pas. La thèse des difficultés internes (propres au contexte libanais) nous semble très difficile à admettre. Le Liban est un État tampon dont la stabilité dépend de la stabilité de la région et dont les rapports de force internes sont liés aux rapports de force régionaux.

Comme nous l’avons rappelé plus haut, le grand perdant des élections libanaises du printemps dernier est l’Arabie saoudite. Entre le résultat décevant de son allié malmené Saad Hariri et la défaite éclatante de ses protégés les plus extrêmes au nord du pays (l’ancien ministre Achraf Rifi), c’est désormais la formation chrétienne de l’ancien milicien Samir Geagea, deuxième formation chrétienne après le Courant patriotique libre du président Michel Aoun, qui émerge comme son plus fidèle allié dans le pays. Grâce à une campagne efficace, les Forces libanaises ont réussi à doubler leur nombre de sièges.

Les principaux vainqueurs du scrutin sont sans nul doute le Hezbollah et ses alliés (qui ont remporté l’intégralité des sièges chiites du Parlement et qui ont bénéficié des suffrages de toutes les communautés confessionnelles du pays), mais presque tous les acteurs politiques du pays ont opté pour un gouvernement d’union nationale, avec à sa tête le Premier ministre sortant Saad Hariri. Cela pose un problème démocratique évident : sans opposition parlementaire véritable (presque toutes les forces politiques seront ainsi représentées au gouvernement), comment contrôler et sanctionner l’action du gouvernement ? Seul le vice-président du Parlement, Elie Ferzli, semble se poser cette question.

L’autre grand problème intérieur est le triomphe du confessionnalisme politique. Malgré l’intention affichée par tous les partis de le combattre, il semble aujourd’hui omniprésent : de la volonté affichée de confier les postes-clés –président, Premier ministre, président du Parlement– aux partis majoritaires dans leurs communautés respectives (ce qui explique le maintien de Saad Hariri, en tête chez les sunnites, malgré la concurrence d’une dizaine de députés sunnites qui échappent à son contrôle), plutôt que dans le pays au choix d’une loi électorale destinée à mieux représenter les chrétiens, les références confessionnelles ont pris des proportions inédites.

Au-delà de ces problèmes internes (qui concernent néanmoins toute la région), les pressions extérieures semblent autrement plus importantes. Les sanctions de Washington à l’encontre du Hezbollah sont évidemment un signal envoyé au Premier ministre Hariri concernant la formation du gouvernement (de préférence sans le Hezbollah). L’Arabie saoudite, qui perçoit le Hezbollah comme une extension de son ennemi iranien, voudrait aussi le marginaliser.

Il se pourrait que la clé du gouvernement libanais soit en Syrie. En effet, Riyad redoute la perspective d’une reprise de relations normales entre Beyrouth et Damas (les alliés de Riyad au Liban refusent encore un rapprochement entre les deux États), aujourd’hui à un niveau minimum (sécurité et réfugiés, essentiellement), sans son accord et sans coordination régionale. Avec la réouverture de l’ambassade des Emirats à Damas et la perspective d’une reprise des relations syro-saoudiennes, Riyad pourrait peut-être accepter prochainement l’idée d’un rapprochement syro-libanais (que des impératifs économiques et sécuritaires exigent), et donc donner son feu vert pour la formation d’un gouvernement en persuadant ses protégés libanais.

En face, l’hypothèse d’un blocage émanant de l’Axe Téhéran-Damas-Hezbollah nous semble moins crédible. En effet, celui-ci n’a pas intérêt à affaiblir son allié, le général Michel Aoun, dont la crédibilité à la tête de l’État est en jeu. Par ailleurs, Damas a tout intérêt à mettre en scène un réchauffement des relations syro-libanaises, ce qui passe par la formation d’un gouvernement au Liban.

 

Quel avenir pour les combattants kurdes en Syrie ?

Les Forces démocratiques syriennes (FDS), coalition essentiellement arabo-kurde qui contrôle le nord-est de la Syrie et qui comprend les Unités de protection du peuple (YPG) –émanation du Parti des travailleurs du Kurdistan [PKK] et donc organisation « terroriste » selon Ankara–, sont aujourd’hui menacées par l’annonce du retrait de leur allié américain.

Après avoir remporté d’importantes victoires contre Daech, les combattants kurdes des YPG ont subi une défaite face à l’armée turque (accompagnée des rebelles parrainés par Ankara) à Afrin (nord-ouest de la Syrie) en janvier 2018. Dans une région sous domination aérienne russe, il va de soi que l’offensive turque n’aurait pu se faire sans un accord de Moscou. A l’époque, le « lâchage » russe s’expliquait par trois raisons essentielles : le partenariat avec la Turquie était jugé plus important (nous étions quelques mois après le début du processus d’Astana), les YPG étaient invités à se mettre sous la protection de Damas et leur proximité avec Washington leur était reprochée.

Depuis la bataille d’Afrin et le départ des combattants kurdes, la menace d’une offensive turque dans toutes les régions frontalières (à l’ouest et à l’est de l’Euphrate) planait. A l’été 2018, un accord turco-américain sur la ville de Manbij (à 30 kilomètres à l’ouest de l’Euphrate) a été trouvé : il prévoyait notamment l’évacuation des YPG.

En cette fin d’année 2018, au moment où la Turquie annonçait une offensive imminente, et alors que les Américains annonçaient leur intention de quitter le territoire syrien, il semblerait que les YPG se soient finalement mis sous la protection de Damas. L’armée syrienne s’est finalement déployée sur le front nord de la ville de Manbij.

Avec le départ des Américains et la persistance de la menace turque, le sort des zones contrôlées par les FDS, dominées par les YPG, est plus qu’incertain. Entre la coordination russo-turque, d’un côté, et la volonté de Damas de reconquérir l’ensemble du territoire syrien sans exception, de l’autre, les YPG ne vont pas négocier en position de force.

Même si le pouvoir syrien acceptait, dans le cadre de la reconstruction politique du pays encouragée par ses alliés russe et iranien, d’accorder une autonomie quelconque aux populations kurdes de l’est de l’Euphrate, la Turquie la menacerait. Revenir au statu quo ante bellum serait très difficile pour des populations qui ont expérimenté une forme d’autonomie, de démocratie et de fédéralisme. Trouver un modèle politique satisfaisant pour Damas, les populations kurdes et Ankara sera, mais on le savait déjà, l’un des nœuds de la reconstruction politique du pays.

 

Terrorisme : la fin de Daech ?

La menace d’une résurgence de Daech a été brandie par les YPG face à la menace turque et au départ des Américains, notamment pour susciter des sympathies européennes.

Dans un conflit où la rhétorique anti-terroriste a été une constante (pour Damas et ses alliés s’agissant des groupes rebelles et de l’État islamique, pour la Turquie s’agissant des combattants kurdes, pour les ennemis de Damas s’agissant du Hezbollah …), il est très difficile de cerner la catégorie « terroriste » et d’en faire une analyse indépendante et rigoureuse.

Le terrorisme est avant tout une affaire d’État : trop d’État (répression) peut favoriser l’émergence d’une violence non-étatique (que l’État qualifiera de « terroriste » dès lors qu’elle revendiquera un recours à la violence à des fins politiques) ; pas assez d’État (ou une complaisance de l’État ou d’un État voisin) peut favoriser l’installation et l’expansion du groupe dit « terroriste » ; l’absence de parrain étatique universalise la dénomination « terroriste ».

En Syrie, les deux groupes universellement considérés comme terroristes (par le Conseil de sécurité des Nations unies) sont al-Qaïda et l’État islamique (Daech). A ces deux groupes s’ajoutent les groupes et les individus qui leur sont affiliés. Géographiquement, on les retrouve essentiellement dans la région d’Idleb (où cohabitent des groupes dits « djihadistes », affiliés, anciennement affiliés ou non affiliés à al-Qaïda, des groupes comme Hayat Tahrir al-Cham [organisation de libération du Levant] et Tanzim Hurras ad-Din [organisation des gardiens de la religion] et des groupes parrainés par la Turquie sous la bannière du Front national de Libération) et à l’est du pays (les dernières poches de l’État islamique).

Même si une solution politique est trouvée (si la coordination russo-turque fonctionne, si la reconquête du territoire par Damas se poursuit « normalement » et si le processus d’Astana aboutit), on peut facilement imaginer que certains groupes voudront poursuivre les combats (notamment ceux exclus de la solution politique). Il est aussi possible que l’État islamique continue de revendiquer des attentats.

Cependant, l’hypothèse d’un contrôle territorial qui perdurerait sans l’assentiment d’un État (et avec la détermination des armées en présence) nous paraît peu crédible. Daech prospérait à un moment où la Turquie considérait qu’il n’y avait pas de hiérarchie à faire entre l’organisation terroriste et Damas (c’est entre les YPG et Daech qu’elle refuse de choisir une cible prioritaire aujourd’hui). Avec une Turquie rassurée sur les combattants kurdes à ses frontières et déterminée à poursuivre la dialogue avec Moscou et à éliminer l’État islamique (ou, du moins, à laisser faire), celui-ci peut très difficilement se maintenir territorialement : sa nouvelle vie ne peut être que réticulaire.

 

Quel avenir pour la Russie en Syrie et dans la région ?

Tout indique que la Russie a bien gagné la guerre syrienne. Au début des soulèvements dans le monde arabe (des « printemps arabe »), la Russie partageait le scepticisme d’un pays comme l’Arabie saoudite et se méfiait de transformations politiques porteuses d’incertitudes, des ingérences et de l’islam politique (un islam politique réticulaire déjà affronté à l’extérieur de ses frontières [Afghanistan] et à l’intérieur de ses frontières [Tchétchénie]). Trois ans après le début de son intervention militaire à l’automne 2015 (sur demande du pouvoir syrien), elle apparaît comme l’un des principaux bénéficiaires de l’évolution politique de la région.

En dépit d’un discours civilisationnel devenu courant, notamment en Russie, celle-ci a fait le choix de la logique territoriale à plus d’un titre : en insistant sur la défense de l’État et de ses institutions, en faisant de la lutte contre le terrorisme une priorité (qui se distingue de la « guerre contre le terrorisme » de George W. Bush par son légitimisme [soutien à l’État en place]) et en s’adaptant à la géographie du conflit.

Sur la question du terrorisme, il a été reproché à la Russie d’avoir eu une vision trop large du terrorisme et de considérer comme terroristes l’ensemble des groupes rebelles (ce qui est ironique puisque la Russie échange avec des groupes considérés par d’autres comme terroristes [le Hezbollah libanais, le Hamas palestinien, les YPG kurdes …]), mais sa stratégie contre-insurrectionnelle s’est révélée efficace : entre dialogue avec certains groupes et puissance aérienne écrasante contre les autres.

En réalité, il est possible d’affirmer que la Russie a réussi en Syrie ce que l’Union soviétique avait échoué à faire en Afghanistan. Par exemple, là où l’armée soviétique avait beaucoup souffert de la perméabilité de la frontière pakistanaise (et donc du passage des « djihadistes »), la Russie a finalement réussi à écarter la menace de la frontière turque, notamment en se rapprochant diplomatiquement d’Ankara.

Aujourd’hui, la Russie accompagne la reconquête territoriale du pouvoir syrien (Homs, Alep, Ghouta orientale, Deraa …), tout en essayant de ménager les puissances voisines (Israël dans la région du Golan et la Turquie au nord). Dans ces conditions, l’annonce du retrait américain du nord-est syrien est certes une victoire pour la Russie (qui réclamait ce départ, la présence américaine étant jugée illégale), mais une victoire qui annonce quelques difficultés.

Après les succès militaires et diplomatiques, la Russie est à la conquête d’une solution politique difficile (notamment à travers le processus d’Astana avec Téhéran et Ankara). Dans la région du Golan, la Russie veut éviter toute escalade entre Israéliens et Iraniens. Plus généralement, elle veut éviter tout conflit armé entre les Israéliens et l’Axe de la Résistance (en Syrie comme au Liban).

Au nord de la Syrie, le problème turc se pose à deux niveaux pour la Russie. Tout en accompagnant la reconquête territoriale de Damas, elle est bien obligée de ménager son partenaire turc et de retarder l’offensive de l’armée syrienne dans la région d’Idleb (perçue par la Turquie comme une zone tampon), où « djihadistes », rebelles pro-turcs et armée turque se côtoient. Quant au nord-est syrien, le départ des troupes américaines va vraisemblablement laisser place à une coordination russo-turque qui, là encore, devra être compatible avec une solution viable pour les YPG et l’exigence syrienne d’une reconquête totale de son territoire. Le moins que l’on puisse dire est que la solution politique voulue par Moscou s’annonce difficile.

A l’échelle du Moyen-Orient, la Russie n’a plus que des amis, ce qui était loin d’aller de soi. Ses adversaires d’hier sur le terrain syrien (Ankara, Doha, Riyad …) lui reconnaissent un rôle de puissance tutélaire. En plus de son rôle décisif en Syrie et de ses bonnes relations avec l’ensemble des pays de la région (notamment l’ensemble des monarchies du golfe Persique), la Russie fait une percée remarquée au Liban, où elle participe notamment au dossier des réfugiés syriens.

En quelques années, la Russie a émergé au Moyen-Orient comme la principale puissance extérieure. Mais une puissance qui marche sur des œufs : elle doit ménager tout le monde et concilier l’inconciliable.

Adlene Mohammedi

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